Sunday, October 2, 2016

Poems from or inspired by Mauritius

Toulet wrote little while in Mauritius. Martineau remarked that the young man “is too lucid not to see the void of his existence.” Toulet admits as much - the halo slipped into the mud. With even a note of rancour which says much about his dissatisfaction, he complains about not working, and adds:
"Je me rappelle à moi-même ce poète des Petits Poèmes en prose qui avait perdu son auréole dans la boue. Voilà près de cinq ans que la mienne a glissé, et il me semble que je n’ai qu’à étendre la main pour la ramasser. N’était-ce pas hier ? Le temps passe si vite en mauvaise compagnie, et pour moi la crapule est toujours nouvelle."
(This is a reference to Baudelaire’s Spleen de Paris, or Petits Poèmes en prose, Poème XLVI, Perte d’Auréole.)

He wasn’t too lazy however to neglect his reading. He maintained an assiduous account of books read. Over a period of some month this encompassed Port-Royal by Saint-Beuve; Taine’s la Philosophie de l’art, among others of his works; Pascal; Spinoza; Froissart; Villon; Jean Bodin; l’Entretien sur les sciences occultes by Bayle, which no doubt predisposed him to his future frequenting of Bayle’s Dictionnaire; Renan; Chamfort; Albert Sorel; Maupassant; Huysmans; Baudelaire of course; Leconte de Lisle; Shakespeare; Schiller. He read de Sade with a sort of horrified fascination, and in particular the cynical Dolmancé* who inspired in him pity and sympathy for “la manière douloureuse dont il parle de l’amour”.

Note: *Character in Sade’s Philosophy in the Bedroom, a 36 year old atheist and bisexual. Sade urges his readers to study the cynical Dolmancé and follow his example of selfishness and consideration for nothing but his own enjoyment.


Three Sonnets Exotiques date from Ile Maurice, 1888 and were published in an Algiers review, so Toulet can’t have been too unhappy with them; but the long-term effect of Mauritius was the inspiration it provided for poems and contrerimes long after the poet had departed for good.
The Sonnets Exotiques are found in Vers Inédits, as is this fragment, dating from about 1887:

Au pays du sucre et des mangues
Les pâles dames créoles
S’éventent sous les varangues
Au pays du sucre et des mangues
Et zézaient de lentes paroles.

Dans les grands fauteuils balançoires
En sombre bois des îles
Elles content de vaines histoires,
Dans les grands fauteuils balançoires
Qui bercent leurs têtes futiles.

Ainsi qu’une odeur de parterre
Lointaine et paresseuse,
Dans le cœur s’infiltre en mystère
Ainsi qu’une odeur de parterre
Leur grâce volupteuse.


Sonnets Exotiques

1.
Aimes-tu les jours d’or dénués de mystère,
Les rayons alourdis desséchant les rameaux,
Et sous un morne ciel que jamais rien n’altère
La campagne immobile en sa robe d’émaux ?

Viens, la sombre varangue embaume et fera taire
Dans mon cœur anxieux la voix des anciens maux,
Viens, ta bouche est la source où je me désaltère
Et tes seins sont pour moi comme deux fruits gémeaux.

Aimes-tu mieux la nuit ? Sous les filaos grêles,
Où l’ombre a fait tarir le chant des tourterelles,
Des rayons filtreraient sur nous comme des pleurs.

J’aime à t’entendre dire une vieille berceuse,
Et l’heure coulerait comme une eau paresseuse
Au parfum des prochains gérofliers en fleurs.

2.
De l’impassible ciel, toujours, toujours pareil,
Les brises, comme les oiseaux, sont envolées ;
Et d’inutiles fleurs, d’aucune aile frôlées,
Dorment dans l’air pesant leur lumineux sommeil.

Il faut avoir connu tes splendeurs désolées,
O monotone ciel, ô voûte de vermeil,
Et le spleen que déverse un éternel soleil,
Pour savoir tout le prix qu’ont les terres voilées.

Là-bas où les coteaux ont des formes de seins
Et se couvrent au soir de robes transparentes,
Des cygnes noirs et blancs nagent dans les bassins.

Un ciel pâle s’y mire, et les vapeurs errantes,
Et les peupliers longs que septembre a rouillés ;
La nuit prochaine endort l’odeur des foins mouillés.

3.
En vain brillent les eaux, pour qu’il s’y désaltère,
Moloch féroce boit les larmes des forêts.
L’île chaude sous lui fume comme un cratère,
Les oiseaux se sont tus dans les arbres retraits.

Mais loin du ciel grisâtre et de la morne terre
Les murs gardent encor des repaires discrets
Où le sommeil pour l’homme évoque avec mystère
L’essaim silencieux des rêves aux doigts frais.
Et déjà vient le soir parmi les aromates.
Arrachant sa chair brune à la fraîcheur des nattes,
Dans son voile éclatant, comme une longue fleur.

Djalia s’est dressée et fait tinter ses bagues,
Tandis que les rayons du soleil qui se meurt
Allument une flamme à ses prunelles vagues.


Mahé, in the Seychelles, inspired a poem printed in Nouvelles Contrerimes

Nouvelles Contrerimes, XVII

Mahé des Seychelles, le soir :
  Zette est sur son dimanche.
Et sous la mousseline blanches
  Brille son mollet noir.

Les cases aux fraîches varangues
  Bâillent le long des quais ;
Dans les branches d’un noir bosquet
  Étincellent les mangues,

Tandis qu’en ses jardins fleuris,
  Mystérieuse et belle,
Rêve une pâle demoiselle
  Aux chapeaux de Paris.


There are a number of Baudelairean echos in this poem – Baudelaire makes use of the word ‘varangues’ (verandas) in Les Projets, from Spleen de Paris, and from the same collection La Belle Dorothée the young lady, who is black, dreams about Paris fashions.

Then there was Mauritius:
Jardin qu’un dieu sans doute a posé sur les eaux,
Maurice, où la mer chante, et dorment les oiseaux
.
(Coples, XLIV)

And here is an attempt at a Contrerime quoted by Martineau that is possibly a lubricious memory of the island:

Ils ne sont plus les noirs tilleuls
  Ni la profonde allée
Où mon père menait…
  Ses pas graves et seuls.

Ni la balançoire glissante
  Où pas dessus tes bas
J’ai vu parfois de haut en bas
  Ta cuisse éblouissante.


Ten years after Mauritius, Toulet wrote the following in a notebook, the counterpart of a poem in Coples :
Je sais un homme qui ne devrait jamais voyager. Il n’est place où il est passé qui ne lui serre le cœur de ne pas revoir, depuis ce flamboyant violet de Maurice, et la jupe jaune clair de Jeanne Saint-R… 
Urruty represents her as a friend of his sister Jane, the initials identifiable as that of a family now extinct in the male line in Mauritius,

There is a quatrain that Martineau presents in its original state :

Dessous le flamboyant qui couvrait l’herbe nue
D’un dôme violet, je t’évoque. Soudain
Une source murmure à travers le jardin,
Jeanne aux yeux ténébreux qu’êtes-vous devenue ?


This was published as Coples LXIII:

Dessous le flamboyant qui couvre l’herbe nue
D’un dôme violet , où je vous vois encor
Fraîche comme l’eau vive en un brûlant décor,
Jeanne aux yeux ténébreux, qu’êtes-vous devenue ?



Coples LXIX:

Des bordes du canal noir où tu quittas ton linge,
Le noir tchocra te guette avec des yeux luisants,
Floryse. Au loin blanchit la mer sur les brisants,
Parfois sur Chamerel on voit passer un singe.


(There is a mention in the Journal of a picnic with black servants (tchocras) dressed in white and red.)

The influence of Mauritius is to be felt in Toulet's prose too. Floryse, whoever she might have been, attracts the following apostrophe:

   Vous ne connaissez pas, Floryse, le pays de vos pères, ni cette même île dont on dirait une fleur oubliée aux limites du fleuve Océan. Vous ne connaissez pas la terre de muse, où, sous des rocs qui scellent le mystère de leur nom, confusément, leur sommeil s’enchante à la voix des filaos et de la mer.
   Vos pieds jamais n’ont foulé le verger de lumière où mûrissent la mangue et le mangoustan, ni les bords, étroitement, de ce cirque qui fait voir encore les ruines d’un ergastule : c’est là que vos ancêtres, la nuit, enfermaient leurs noirs.
   Mais à franchir ce pont, balancé sur les profondeurs d’un courant d’écume, peut-être, comme dans un songe, vous souviendrait-il.
   Vous pensierez, Floryse, en amont des âges, reconnaître ce flamboyant, là-bas, dont la fleur violette ressemble à la pourpre de Phénicie.


Urruty suggests that Floryse is an amalgam of different ladies, variously described throughout Toulet, but her main purpose is to provide an excuse for the author to wax lyrical on the subject of Mauritius.

Note: Ergastule, from the Latin ergastulum, was an enclosure for slaves who worked in the fields. Toulet once again indulges his taste for a rare and exotic vocabulary,


The remainder of the Mauritius-inspired poems are from the Contrerimes. Some are evocations of the exotic within a different subject matter; others are frankly descriptive from beginning to end.

Contrerime II
Toi qu' empourprait l' âtre d' hiver
   Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue
   L' arome de ta chair ;

Ni vous, dont l' image ancienne
   Captive encor mon coeur,
Île voilée, ombres en fleurs,
   Nuit océanienne ;

Non plus ton parfum, violier
   Sous la main qui t' arrose,
Ne valent la brûlante rose
   Que midi fait plier.

Contrerime IX Nocturne
Ô mer, toi qui je sens frémir
   À travers la nuit creuse,
Comme le sein d’une amoureuse
   Qui ne peut pas dormir ;

Le vent lourde frappe la falaise…
   Quoi ! si le chant moqueur
D’une sirène est dans mon cœur –
   Ô cœur, divin malaise.

Quoi, plus de larmes, ni d’avoir
   Personne qui vous plaigne…
Tout bas, comme d’un flanc qui saigne,
   Il s’est mis à pleuvoir.


Contrerime XIX Rêves d’enfant
Circé des bois et d' un rivage
   Qu' il me semblait revoir,
Dont je me rappelle d' avoir
   Bu l' ombre et le breuvage ;

Les tambours du Morne Maudit
   Battant sous les étoiles
Et la flamme où pendaient nos toiles
   D' un éternel midi ;

Rêves d' enfant, voix de la neige,
   Et vous, murs où la nuit
Tournait avec mon jeune ennui...
   Collège, noir manège.



This is perhaps a stretch but Urruty identifies 
Les tambours du Morne Maudit with Morne Brabant on the island of Mauritius.

Contrerime XLV
Molle rive dont le dessin
   Est d’un bras qui se plie,
Colline de brume embellie
   Comme se voile un sein,

Filaos au chantant ramage –
   Que je meure et, demain,
Vous ne serez plus, si ma main
   N’a fixé votre image.


(Shades of Ronsard in this poem, and later, Yeats).

Contrerime XLVI
Douce plage où naquit mon âme ;
   Et toi, savane en fleurs
Que l’Océan trempe de pleurs
   Et le soleil de flamme ;

Douce aux ramiers, douce aux amants,
   Toi de qui la ramure
Nous charmait d’ombre, et de murmure,
   Et de roucoulements ;

Où j’écoute frémir encore
   Un aveu tendre et fier –
Tandis qu’au loin riait la mer
   Sur le corail sonore.



Contrerime XLVII
Nous jetâmes l’ancre, Madame,
   Devant l’île Bourbon
À l’heure où la nuit sent si bon
   Qu’elle vous troublait l’âme.

(Ô monts, ô barques balancées
   Sur la lueur des eaux,
Lointains appels, plaintes d’oiseaux
   Étrangement lancées.)

… Au retour, je vous vis descendre
   L’écumeux barachois,
Dans les bras d’un négre de choix :
   Virgile, ou Alexandre.